
Une vingtaine de manifestants se sont massés devant la cathédrale de Trois-Rivières, hier. Photo: Stéphane Lessard
Une vingtaine de manifestants se sont massés devant la cathédrale de Trois-Rivières, hier, pour demander à Québec d’instaurer une charte de la laïcité et de mettre ainsi un terme aux dérapages qui entourent la question des accommodements qu’ils qualifient non pas de «raisonnables», mais de «religieux».
Parmi ces manifestants, on trouvait des membres du Collectif libre d’actions concertées (CLAC), dont la porte-parole est Andréa Richard. André Drouin, qui s’était fait connaître dans le débat sur les accommodements raisonnables en rédigeant le désormais célèbre «code de vie» d’Hérouxville était aussi de la partie.
L’activité, qui se tenait dans le cadre de la Journée internationale de la femme, regroupait des gens de Montréal, Québec, la Beauce, Shawinigan et Trois-Rivières. Les manifestants souhaitaient non seulement réclamer une charte de la laïcité, mais aussi faire connaître leur refus des accommodements raisonnables et promouvoir l’égalité entre hommes et femmes.
Le groupe a beaucoup mis en évidence le thème des accommodements religieux, en particulier le port du niqab et de la bourka. Le port de ces vêtements, estime Mme Richard, représente «un refus de socialiser avec nous. C’est de dire, vos valeurs, nous n’en voulons pas», plaide-t-elle.
À ce chapitre, André Drouin ne cachait d’ailleurs pas sa déception face aux événements rapportés par les médias impliquant une jeune fille de Montréal qui a refusé d’enlever son niqab pour suivre ses cours et qui exigeait de faire ses présentations dos à sa classe pour des motifs religieux.
«D’après moi, ça démontre que ce qu’on a demandé il y a trois ans, on avait raison de le demander», explique M. Drouin.
Ce dernier s’interroge sur la position des principaux politiciens canadiens qui affirment que la bourka ne pose aucun problème alors que déjà 11 pays se sont prononcés contre, fait-il valoir.
André Drouin estime que le récent débat au Québec sur les accommodements raisonnables n’a pas fait avancer les choses. Depuis ce temps-là , «il ne s’est rien passé», déplore-t-il.
«Le problème ne fait que grossir quand même. Dernièrement, vous avez vu le niqab dans un cégep. Très peu de personnes savent qu’il y a eu la même chose au Cégep de Sainte-Foy à Québec, il y a à peu près trois mois. Il y a très peu de gens qui savent qu’il y a 2 ou 3 semaines, un groupe de Sikhs sont descendus à l’Assemblée nationale pour faire leur prière avec leur épée et on les a laissés entrer. Essayez d’entrer à l’Assemblée nationale avec une épée», fulmine-t-il.
«Le gouvernement n’a pas osé envoyer des règles claires qui permettraient d’affirmer ce que c’est que la laïcité au Québec», plaide de son côté le professeur Ghyslain Parent de l’UQTR.
«Autant les administrateurs que les employeurs ne savent plus comment agir. Ils ont tous peur de prendre des décisions fermes là -dedans. Ils ne savent pas s’ils sont à côté du droit. Je suis convaincu que s’il y avait une charte de la laïcité, les gens d’autres religions respecteraient ça», plaide-t-il.
La Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie, qui regroupe une trentaine d’organismes membres, n’était pas de cette activité, hier, n’ayant pas encore pris position par rapport au dossier d’une charte de la laïcité, explique la coordonnatrice, Johanne Blais.
La Table se prépare plutôt activement à la Marche mondiale des femmes 2010, une occasion où les femmes des cinq continents se mobiliseront et s’uniront pour contrer les injustices qui leur sont faites.
En Mauricie, la Table a décidé d’associer chacun de ses champs d’action (autonomie économique, accès aux ressources, violence envers les femmes, paix et démilitarisation et droits des femmes autochtones) à des personnalités de la région qui en deviendront les messagères.
Une charte défendue par le PQ
La députée de Champlain, Noëlla Champagne, a participé, hier, au nom du Parti québécois, à la manifestation en faveur d’une charte de la laïcité qui se tenait à Trois-Rivières.
«C’est une charte qu’on défend à l’Assemblée nationale depuis quand même plusieurs mois. Ça a été noyé par le scandale sur la collusion dans la construction, mais il demeure qu’on réclame cette charte-là », dit-elle.
Selon elle, une séparation de la religion et de l’enseignement laïque est capitale «parce qu’on se rend compte que par la porte d’en arrière, on fait entrer autrement la religion dans certaines écoles», dit-elle. «Ce qui s’est passé dernièrement, avec le fameux règlement que la ministre Courchesne veut nous imposer, où l’on fait carrément un accommodement aux écoles juives pour leur permettre de réintégrer la religion à l’école, c’est vicieux et c’est tordu. Ça, la charte de la laïcité viendrait camper au-delà des lois que tu peux changer n’importe quand. Tu ne changes pas une charte comme tu peux changer une loi», fait-elle valoir.
Selon elle, il faut donc se battre pour créer cette charte de la laïcité. Cela, dit-elle, permettra «aux juges d’avoir des balises».
«La fameuse demande de la dame pour la bourka, c’est bien de valeur, ça risque de passer dans une brèche si l’on ne la colmate pas. La charte de la laïcité viendrait colmater toutes ces brèches», plaide-t-elle.
Source: Cyberpresse.ca