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No speed limit

 

La semaine dernière, j’assistais au lancement d’un livre. En fait, c’était deux livres. Yves Steinmetz, un auteur de St-Césaire, publiait deux romans de sa série Chroniques d’une petite banlieue. Prolifique le romancier! N’attendez pas que je vous «livre» ma critique, je ne les ai pas lu, du moins pas encore. C’est plutôt une conversation avec l’éditeur qui m’a troublé.André Serra, administrateur des Éditions de l’As, tente une petite révolution de l’édition. Las de se taper d’interminables colonnes de mots froides et inertes, il a décidé de rendre les choses plus dynamiques. Sans modifier le manuscrit de l’auteur, M. Serra retire les descriptions incluses dans les dialogues pour les insérer dans des bulles. Il dispose ensuite les bulles au même niveau que les paroles, pour que le lecteur sache instantanément l’émotion ou les réflexions du personnage.

Une brillante idée! Les bulles ne nuisent absolument pas au récit, on peut les consulter avant ou après le dialogue. L’instantanéité permet de ne pas avoir à relire la discussion lorsqu’on s’aperçoit, trop tard, que l’émotion avec laquelle on a imaginé la scène n’est pas la bonne…

Ce qui me tracasse, c’est un argument sur lequel il s’appuie. «Ça accélère la lecture», dit-il. Tout en échangeant sur le sujet, il ajoute avec raison que dans la société actuelle tout est rapide, tout doit aller plus vite et la lecture aussi. Ouf… Vraiment?

Tout le monde est pressé, tout le monde court, tout doit aller vite. Vite, vite, vite, comme les petites annonces du Journal de Montréal. On a coupé dans le sommeil : «Pas le temps! Je travaille à 8h, je pars à 6h pour éviter le traffic, je me lève à 5h pour me préparer…» On a coupé dans la nourriture : «Pas le temps de faire à manger! Je finis de travailler à 17h, j’arrive chez nous à 18h, le petit a du karaté à 19h, je vais le chercher à 20h…»

Tout est contaminé… Plus le temps de prendre le temps. Avez-vous déjà essayé de rester immobile sur un trottoir achalandé? De marcher très lentement dans un couloir du métro? De rouler 95km/h sur l’autoroute 10? Si oui, combien de temps ça a pris avant de vous faire crier dessus : «Tasses-toi!» ou «Avance!», accompagné d’un refrain religieux?

On en est rendu aux passe-temps, aux petits plaisirs. Les loisirs doivent être rapides. Un film pas trop long, faire le tour d’un jeu vidéo en quelques jours, une heure chez Énergie Cardio, un petit jogging, se taper une série télévisée en une soirée. Pas question de prendre son temps.

Et maintenant la lecture. Ce qui semblait être le dernier rempart de la lenteur et du plaisir étiré est sérieusement ébranlé. «Regarde dans les librairies, les livres sont de moins en moins épais», me fait remarquer l’éditeur. «Les gens ne veulent plus de longs romans, ils veulent que ce soit court et rapide», ajoute-t-il pour m’achever. Voilà où on en est.

Pourtant, plus on prend son temps, moins le temps passe vite. C’est bien ça la relativité ou est-ce l’ironie?

Étoile de la semaine: Je décerne mon étoile à la journaliste Rima Elkouri. Bien que présentée pratiquement comme une traîtresse ce matin dans Le Devoir, sa critique sévère contre les médias mérite une étoile. Elle s’insurge contre le fait que les médias aient créés de toute pièce la folie des accommodements raisonnables et votre Arbitre appuie.

Pénalité de la semaine: À toutes les filles qui ont lu le texte d’Éric et ont répondu: «C’est pas vrai, on préfère les hommes normaux!» MENTEUSES!
Ugo
Retrouvez l’original de cet article sur l’Arbitre

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