La vie d’Andréa Richard au grand écran

Originaire de Bouctouche au Nouveau-Brunswick, Andréa Richard est l’auteure de six livres, dont une biographie qui retrace son parcours peu banal et qui pourrait être portée au grand écran.
Photo: Stéphane Lessard
Linda Corbo
Le Nouvelliste
Trois-Rivières
C’est une bien belle histoire que vit actuellement l’écrivaine trifluvienne Andréa Richard, qui voit son autobiographie se destiner au grand écran.
C’est du moins le voeu de deux scénaristes européens, qui sont à finaliser un scénario de film à partir de son bouquin, et qui prédisent déjà un bel avenir à son histoire au cinéma.
Scénario bien en mains, Mme Richard est enchantée du travail réalisé pour adapter ses écrits.
“C’est bien au-delà de mes attentes. Ils ont respecté complètement mon histoire”, dit-elle.
“Deux maisons de production sont déjà très intéressées. Mais faire un long métrage, ça peut prendre quelques années…”
Parue en 1995, l’autobiographie de Mme Richard, intitulée Femme après le cloître, a été rééditée il y a deux ans.
Or depuis, quatre scénaristes et réalisateurs se sont montrés intéressés.
Les deux premières, Diane Cailhier (Le Survenant, Chartrand et Simonne, Deux frères) et Lucie Lachapelle (Femmes et religieuses - Épouses de Dieu) avaient été approchées par l’auteure, qui avait déjà participé à un documentaire avec elles.
L’intérêt des deux Européens s’est toutefois révélé une surprise complète.
“Un photographe montréalais a téléphoné au scénariste Michel Nussbaumer, en Suisse, en lui disant qu’il devait lire ça”, raconte la dame.
“Il y a vu tout ce qu’il fallait pour faire un très beau long métrage et en a parlé avec Gérard Chouchan.”
Gérard Chouchan, qui habite Paris, est réalisateur et scénariste.
“Il a lu mon livre dix fois pour être bien sûr d’aller chercher tout le meilleur”, note André Richard, qui se réjouit d’emblée du contrat signé avec ces deux hommes.
Petite Soeur des pauvres
Andréa Richard est l’auteure de six livres, dont cette biographie qui retrace son parcours peu banal.
Originaire de Bouctouche au Nouveau-Brunswick, la dame est devenue religieuse à 16 ans, pour se faire d’abord Petite Soeur des pauvres, puis religieuse cloîtrée chez les Carmélites, avant de retrouver sa liberté à l’âge de 35 ans, non sans problème.
Rebaptisée alors Soeur Xavier-Marie-de-la-Trinité, la religieuse a évolué toutes ces années au Québec, mais aussi aux États-Unis (2 ans), et en France (17 ans).
“J’ai été mouton longtemps. Chez les Petites Soeurs des pauvres, on était tellement débordé de travail qu’on n’avait pas beaucoup de temps pour penser. Mais une fois chez les Carmélites, j’ai eu le temps de réfléchir et j’ai commencé à parler. Ma vision des choses a alors complètement changé. Je me suis mise à questionner l’Église et ses doctrines, et à en parler.”
Tant et si bien que son discours est devenu une menace de contamination chez les Carmélites, ce qui a facilité son départ, analyse-t-elle aujourd’hui.
Dans son livre, l’auteure décrit le pouvoir religieux des années 50, le traitement différent de l’Église devant les riches et les pauvres, la perte d’identité subie au sein des communautés religieuses.
Elle y relate les sévices subis chez les religieuses, incluant le fouet, le jeûne, les maladies graves, aborde le suicide de l’une d’entre elles et sa propre relation amoureuse avec un évêque.
Mme Richard a hésité avant de signer avec les deux Européens, au détriment des deux Québécoises.
“En Europe, ils veulent en faire une distribution mondiale et ils veulent réaliser le film en français international. C’est un langage universel pour un propos universel”, dit-elle. “Et je trouvais aussi que c’était moins risqué.”
Au Québec, Mme Richard craignait que le contrôle de la production échappe aux scénaristes.
L’auteure avait peur qu’on fasse de son histoire d’amour interdit avec l’évêque le point central du film, au détriment de son réel message.
Le film devrait relater son long parcours, peut-être même jusqu’à ce jour.
En rémission d’un cancer depuis quatre ans, la dame célébrera ses 74 ans en avril prochain, et ne formule aujourd’hui qu’un souhait, celui de vivre assez longtemps pour voir un jour le tout défiler sur grand écran.
Un documentaire en sus
Déjà fort heureuse du destin que prend son autobiographie, Andréa Richard vit une double satisfaction ces jours-ci, puisqu’un documentaire est actuellement en cours de réalisation à partir d’un autre de ses bouquins, son tout dernier, intitulé L’essence de la vie.
Dans cet ouvrage, l’auteure lance un appel à tous les chefs religieux du monde «pour qu’ils laissent tomber leurs dogmes et leurs doctrines, pour qu’ils se donnent la main et qu’ils promouvoient la spiritualité des grands prophètes, les grandes valeurs humanitaires et universelles de paix, de justice et d’amour.»
Le documentaire, du tandem Nussbaumer et Chouchon, veut faire écho à cet appel et questionner les différents grands chefs religieux sur ce sujet, des témoignages qui apparaîtront sur le documentaire.
C’est ainsi qu’à la fin août et au début septembre, les caméras tourneront à Trois-Rivières, où réside Mme Richard depuis 30 ans maintenant.
On prévoit la filmer à la maison Hertel-de-la-Fresnière, où elle a effectué son lancement de livre, puis devant la cathédrale de Trois-Rivières, où elle a jadis appelé les femmes à la grève de la messe du dimanche, pour protester contre l’inégalité entre les hommes et les femmes au sein de l’Église.
«J’ai été une grande militante dans les années 80», sourit-elle.
L’équipe de tournage se rendra par la suite sur les lieux de son enfance, au Nouveau-Brunswick. C’est toutefois en sol trifluvien que l’on prévoit présenter le documentaire en grande première, quelque part à l’automne 2009, se réjouit-elle.
Andréa Richard est aux anges. Pour elle, ce documentaire répond à ses toutes premières aspirations.
«Parce que je défends des causes et que je dénonce, je peux parfois avoir l’air ferme mais dans la vie, je suis plutôt douce et conciliante. C’est juste que j’aime la vérité», note la dame. «Pour moi, le plus important n’est pas de raconter ma vie, c’est de faire passer mes messages. C’est éduquer, et informer.»
Retrouvez l’original de cet article sur Le Nouvelliste.